Exportations de cosmétiques : la France enregistre son premier recul en deux décennies

Pour la première fois depuis au moins deux décennies, les exportations françaises de cosmétiques ont reculé en 2025. Un coup d'arrêt brutal pour un secteur habitué aux records successifs et qui reste pourtant le deuxième contributeur à la balance commerciale du pays.

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Une première en 20 ans qui marque les esprits

Les exportations françaises de cosmétiques ont reculé en 2025, une première depuis au moins 20 ans, selon Emmanuel Guichard, délégué général de la Fédération des Entreprises de la Beauté (FEBEA). Sur les dix premiers mois de l’année 2025, les exportations françaises ont baissé de 1%, un chiffre qui contraste fortement avec les habituelles progressions annuelles comprises entre 5 et 6%.

Le solde commercial s’élève à 14,29 milliards d’euros, en recul de 473 millions par rapport aux dix premiers mois de 2024, soit une dégradation de 3,2%. Un retournement de tendance d’autant plus marquant que le secteur avait franchi pour la première fois la barre des 20 milliards d’euros d’exportations en 2023, puis atteint 22,5 milliards en 2024.

Les États-Unis, principal responsable de la chute

La principale cause de ce recul ? La mise en place de droits de douane américains depuis avril 2025, qui représente un demi-milliard d’euros d’exportations en moins sur l’année. Une véritable douche froide pour un secteur dont les États-Unis constituent le premier pays acheteur mondial avec 2,8 milliards d’euros d’exportations en 2024.

Les droits de douane sont passés de 0% à 15% sur les cosmétiques le 28 juillet 2025, auxquels se sont ajoutés des droits additionnels de 50% sur les composants métalliques des emballages. Résultat immédiat : une baisse estimée à 18% des exportations vers les États-Unis en 2025.

Un effet de double peine

Aux barrières tarifaires s’ajoute la dépréciation du dollar qui a mécaniquement renchéri les coûts des produits européens entrant sur le marché américain. Selon une étude du cabinet Astérès commandée par la FEBEA, cette double peine pourrait entraîner une baisse de 21% des exportations françaises vers les États-Unis en 2026, soit une perte de 620 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L’impact humain pourrait être considérable : la suppression potentielle de 2 700 emplois directs dans les entreprises cosmétiques exportatrices et de 8 200 emplois indirects dans un secteur qui représente 300 000 emplois directs et indirects en France.

Des difficultés qui ne se limitent pas aux États-Unis

Si le marché américain concentre les préoccupations, d’autres zones géographiques posent également problème. Le marché chinois a reculé nettement en 2024 avec -8,9%, pour atteindre 1,78 milliard d’euros d’exportations. Cette baisse s’explique par une consommation chinoise en berne et l’émergence de marques nationales qui grignotent des parts de marché.

Malgré 2% de hausse des exportations vers la Chine en 2025, les États-Unis sont tellement importants en termes de débouchés qu’on n’arrive pas à compenser par d’autres destinations, reconnaît Emmanuel Guichard.

Les pistes pour redresser la barre

Face à cette situation inédite, la FEBEA a lancé un « Beauty Industry Package », un plan d’action visant à protéger la compétitivité du secteur. Les axes prioritaires ? Simplifier les processus et avoir des productions beaucoup plus efficaces en Europe, ainsi que négocier de nouveaux traités de libre-échange.

La signature de l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde pourrait constituer une respiration, l’Inde représentant un marché potentiel de 70 millions de clients. Actuellement, la France n’exporte que 58 millions d’euros de cosmétiques vers ce pays, un chiffre qui pourrait significativement progresser.

Un secteur qui garde ses atouts

Malgré ces turbulences, la France reste le deuxième contributeur à la balance commerciale grâce à ses cosmétiques, juste derrière l’aéronautique. L’Union européenne demeure un marché solide et en croissance, représentant plus de 40% des exportations totales.

Le défi pour 2026 sera de maintenir cette position de leader mondial tout en s’adaptant à un contexte géopolitique et commercial profondément bouleversé. Une chose est certaine : l’industrie cosmétique française, habituée à l’excellence et à l’innovation, devra faire preuve de la même créativité dans sa stratégie commerciale que dans le développement de ses produits.

À propos d’ataWay Management : Cabinet de conseil en stratégie internationale accompagnant les entreprises dans leur développement à l’export et leur adaptation aux évolutions des marchés mondiaux.

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